Source : Joris Lechene, How architecture explains police violence in France / New Paris Courthouse, Instagram Reel
L’analyse de Joris Lechene sur instagram apparaît très pertinente en cette période où les libertés fondamentales des citoyens français sont questionnées alors que la la liberté de manifester apparaît entravée.
Le post sur intagram s’interroge sur l’organisation matérielle des lieux de justice en ce qu’elle influence profondément le rapport entre les citoyens et les institutions républicaines.
Selon lui, loin d’être un choix purement esthétique, l’architecture des palais de justice matérialise une certaine conception de l’autorité publique, oscillant entre solennité intimidante et impératif d’accessibilité.
La monumentalité face à l’exigence d’accessibilité
Les édifices judiciaires contemporains, à l’image du Tribunal judiciaire de Paris conçu par Renzo Piano dans le quartier des Batignolles, incarnent une transition architecturale notable. Alors que le projet d’origine visait à rompre avec l’image austère et fermée des tribunaux historiques grâce à de vastes façades de verre et une promesse de transparence, la hauteur et la monumentalité du bâti suscitent des interrogations.
Pour appréhender un tel complexe, l’usager doit physiquement reculer, mesurant d’emblée la verticalité du pouvoir d’État. Cette impression de gigantisme peut être perçue comme un frein psychologique à l’accès au service public de la justice, transformant l’édifice en un repère imposant plutôt qu’en un lieu rassurant.
Modèles communautaires et horizontalité du règlement des litiges
À l’opposé de cette approche verticale, diverses traditions juridiques et sociales fondent le règlement des différends sur la proximité immédiate et l’horizontalité.
- Les togunas au Mali : Chez les Dogons, ces édifices à plafond très bas imposent une posture assise, neutralisant toute velléité de domination physique et contraignant les participants à un dialogue apaisé au cœur même du village.
- Les kgotlas au Botswana : Ces assemblées citoyennes de plein air, souvent réunies sous un arbre tutélaire, privilégient la recherche du consensus public sur le vote majoritaire, plaçant les détenteurs de l’autorité directement sous le regard de la communauté.
Ces exemples illustrent qu’un espace juridique peut privilégier le collectif, la responsabilisation mutuelle et la concertation plutôt que la démonstration d’une autorité coercitive.
Une autre version à taille plus humaine était elle envisageable comme cette représentation d’un autre tribunal généré par intelligence artificielle ?

Comment concilier la solennité républicaine et la garantie des droits
En droit interne, l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme garantit un droit fondamental à un tribunal impartial, indépendant et accessible.
Si la solennité des juridictions françaises vise à conférer aux décisions judiciaires l’autorité nécessaire à leur exécution, la matérialité des lieux ne devrait jamais constituer un obstacle à l’exercice effectif des droits de la défense.
L’accès au juge implique non seulement des règles de procédure intelligibles et une aide juridictionnelle efficiente, mais également un cadre d’accueil dans lequel le justiciable se sent écouté et équitablement traité, sans écrasement symbolique.
La conception des juridictions modernes invite donc à réfléchir aux équilibres essentiels de notre procédure : préserver l’impartialité et l’ordre public tout en maintenant le justiciable au centre des débats démocratiques.
Pour tout citoyen convoqué ou engagé dans une procédure, la maîtrise des délais et des voies de recours demeure le premier garant d’une justice équitable et sereine.
Il demeure qu’indépendamment du gigantisme du Tribunal de la Porte de Clichy à Paris, les justiciables une fois à l’intérieur du tribunal peut accéder à un guichet d’accueil à même de les renseigner utilement.
Au rez-de-chaussée, il existe un service d’accueil du justiciable, un bureau d’aide à l’aide juridictionnelle, une cafétéria, des bancs. Les escalators et ascenseurs permettent d’accéder facilement aux salles d’audience situées dans le socle du bâtiment.
L’aspect extérieur intimidant peut ainsi sembler à relativiser une fois que le porche d’entrée est franchi.
En tous les cas le ressenti de Joris Lechene incite à une réflexion et la consultation de son poste sur Instagram « How architecture explains police violence in France / New Paris Courthouse » s’impose. Voici le lien d’accès : Instagram Reel
